Art & Culture // Graffiti

La poudrière du Mentec à Quéven

6 août 2020 //

Le premier week-end de juin 2020, pour fêter le déconfinement, des graffeurs ont organisé une jam de retrouvailles dans un lieu étonnant situé près de Lorient, à Quéven (Morbihan, Bretagne), la poudrière du Mentec.

Merci à François Ezra Kernen pour cette belle découverte.

Bravo aux artistes : Ezra, Lay Oides, Crow, Ackwa, Sarim, Trak, Kaz, Jef, Korsé, Sabio, Salgos, Milouz, Papy…

Le long du Scorff

La poudrière est situé le long du Scorff, un cadre exceptionnel.

Seule partie navigable du Scorff, l’estuaire, où se mêlent eaux douces et salées sur une douzaine de kilomètres, va favoriser dès la fin du 17e siècle l’échange de marchandises entre Pont-Scorff (port de Saint-Urchaut) et la naissante ville de Lorient. Abritant les chantiers de construction navale, le Scorff va aussi offrir à la Compagnie des Indes, puis à la Marine, des sites et un accès fluvial direct pour le stockage de ses poudres et munitions.

Affermé à cet usage au 18e siècle, le siège de l’ancienne seigneurie de Tréfaven (fin 12e s.), reconstruit et fortifié en 1482 par les puissants de Rohan, est acquis et transformé en 1812 en atelier de pyrotechnie. Viendront s’y ajouter au 19e siècle deux annexes sur Quéven à Sac’h Quéven (1883) et ici au Mentec, accessibles par bateau (appontements, grues) et reliées entre elles en 1905 par une voie privée.

La poudrière du Mentec, autorisée par décret en 1878, est bâtie en moellons et pierres de taille avec une toiture en terrasse. Maintenant une température constante, ses épais murs protégeaient un magasin de surface relié à des galeries souterraines par un escalier en vis et entouré d’un haut mur cerné par un chemin de ronde. Y était associée la maison du gardien, reconnaissable à son élévation à cinq travées (...)

De 1940 à 1944, les Allemands modifient ce lieu stratégique, bétonnent la voûte et les murs extérieurs. Bombardés par les alliés, ils creusent sous la colline deux souterrains avec galeries principales et secondaires en épis (plus de 500 mètres de tunnel). Ils édifient aussi dès 1940 un pont de bois reliant Caudan à la poudrière, sécurisant le transport des munitions sans passer par l’unique pont de Kerentrech. Ils y mettront le feu en août 1944 pour protéger la forteresse de Lorient. Connu sous le nom de Pont Brûlé, il n’en reste que les vestiges de ses piles.

En 1947, la Marine remet le site en état et termine son aménagement. Mais l’urbanisation croissante de Lorient, la construction du pont au Sac’h Quéven (RN165) conduit la Marine à concentrer à partir de 1975 les matières dangereuses au Mentec : sécurisation du site, aménagement de sept nouveaux magasins semienterrés. Le polygone de sécurité est déplacé, permettant l’urbanisation de Kerdual. En 2001, les munitions sont transférées à Brest et le site, fermé en 2003, reste en attente de sa reconversion.

Texte Jacqueline Le Calvé
En Collaboration avec le Comité Historique de Quéven.

Cette poudrière fait aujourd’hui la joie des graffeurs et pourrait bien devenir un spot important de la région, car il semble que la municipalité ne souhaite pas y faire d’aménagements, compte tenu du coût. Un lieu à suivre...

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